Henryk
Stażewski et les nouveaux principes de juxtaposition des couleurs
Henryk Stażewski est le pilier international du groupe a.r.
Son
oeuvre contraste avec celui de Władysław Strzemiński et de
Katarzyna Kobro car ses travaux ne découlent pas directement des
théories de Kasimir Malevitch. L'artiste vécut longtemps après la mort
de Strzemiński et de Kobro, si bien que son travail regroupe de
nombreux mouvements et de nombreuses influences. De
1913 à 1920, il étudie à l'école des Beaux-Arts de Varsovie. Evoluant
dans le milieu artistique varsovien, Stażewski rencontre les membres
des expressionnistes polonais, les Formistes. Il participe à
leur
côté en 1921 à l'exposition des Formistes à la société Zachęta des
Beaux-Arts de Varsovie. En 1923, il collabore au projet de Strzemiński pour la première manifestation de l'art contemporain en Pologne: l'exposition de Vilnius. En 1924, il cofonde l'association Blok. Grâce à cette revue Stażewski publie ses premiers textes théoriques qui lui permettent de se faire connaître et de travailler pour d'autres revues étrangères dont: Europa, Cercle et Carré et Abstraction-Création. Il y présente ses natures mortes à l'esprit cubiste, réminiscence de ses années formistes. Parallèlement,
l'artiste crée des compositions puristes, harmonieuses et géométriques.
Ses peintures se veulent et sont vues comme un équivalent plastique de
la nature. L'art de Stażewski exprime la recherche perpétuelle d'un
équilibre entre la forme et la couleur, entre l'extérieur et
l'intérieur. Le purisme est pour l'artiste un point de départ et
anticipe ses futurs travaux des années 1925-1926, après sa première
rencontre avec Piet Mondrian et le groupe De Stijl. En
1924, Stażewski fait son premier voyage à Paris. Il marque le début des
contacts avec l'avant-garde internationale. Pour le jeune créateur
qu'est alors Stażewski être à Paris signifie se trouver au centre de la
vie artistique et littéraire. Il va y rencontrer Michel Seuphor et Piet
Mondrian, va se sentir attiré par les théories néo-plasticiennes de
Mondrian et de De Stijl. La peinture et l'architecture limitées aux
couleurs primaires et aux lignes verticales et horizontales le touchent
par la simplicité de son langage plastique, sa neutralité et son
objectivité. C'est cependant avec des réserves que Stażewski accueille
les théories et principes présentés par Mondrian. En effet, Stażewski
proche de Strzemiński se trouve tiraillé entre les principes
esthétiques de Malevitch et ceux du hollandais. Fin
1924, Stażewski commence à dessiner sur son Carnet de notes
visuelles, carnet qui ne fut retrouvé que récemment car son atelier de
Lodz fut totalement détruit avec ce qui s'y trouvait. Ce carnet
constitue donc le seul aperçu sur sa création de cette période. Il
permet de connaître la couleur et la forme de nombreux tableaux
détruits. L'artiste y crayonne des formes spatiales, des nus, des
meubles, des intérieurs, des compositions inconnues des historiens
d'art.Outre les nombreuses influences dont s'imprègnent les oeuvres de Stażewski (Malevitch, Strzeminski, Mondrian, Van Doesburg) ce qui frappe chez l'artiste c'est la précision mathématique avec laquelle il préparait ses projets, même s'il lui arrivait d'en changer les détails une fois terminés. L'utilisation rigoureuse des mathématiques dans de nombreuses compositions peintes ou sculptées de l'avant-garde polonaise en fait un dénominateur commun aux artistes constructivistes, rapprochant ainsi Kobro à Stażewski (et plus tard rapprochant les constructivistes de la nouvelle génération d'artistes comme Janusz Kapusta). L'artiste voit dans son travail un lien logique avec les acquis de la science. C'est
ainsi qu'il renonce très vite aux formes cubistes pour accepter une
peinture non-figurative et se tourne vers Strzeminski et sa théorie
de l'unisme. Dès lors, on peut comparer les principes des
compositions unistes de Strzemiński, faites de petites particules de
couleurs, aux structures blanches-grises-noires des tableaux de
Stażewski que l'artiste n'a jamais appelés unistes. Strzeminski et
Stażewski allaient tous deux vers la connaissance absolue de la forme
qui permettait de découvrir des éléments homogènes proches de l'idéal
uniste. La finalité de Stażewski dans ce dialogue visuel, entre les
deux artistes, est constituée par le tableau Composition de
1932
offert à Hans Arp. Ses textures blanches disposées en verticales et
horizontales entourent une tache de lumière irrégulière et idéalement
pure. Le tableau est une élévation vers la lumière, Stażewski y voit le
signe de la couleur absolue et c'est aussi une réponse aux tableaux
suprématistes de Malevitch, en blanc sur blanc. L'oeuvre de Stażewski
constitue une preuve inébranlable de l'importance de l'unisme et tend
vers l'art universel. La
dernière contribution de Stażewski avant la guerre est son article
polémique "Sur la traditionn le modernisme et le classicisme" publié en
1934. L'artiste y parle de l'afaiblissement apparente de l'avant-garde
polonaise des années 30. La guerre, l'occupation nazie et
l'insurrection de Varsovie vont détruire presque totalement l'oeuvre
d'Henryk Stażewski. Après la
guerre et une interruption totale de son activité artistique durant
cinq ans, Stażewski reprend à zéro son travail.Henryk Stażewski meurt en 1988. Ses oeuvres font parties des collections du Muzeum Sztuki de Łódź, des musées nationaux de Varsovie, de Gdańsk, de Cracovie, de Poznań, de Szczecin, de Wrocław, de la Galerie Denise René à Paris, du Kunstmuseum de St Gallen et du Riiksmuseum Kröller-Müller à Otterlo. ---- Nadège
Moreau
possède une maîtrise d'histoire de l'art "Le constructivisme polonais.
Les racines de l'art contemporain en Pologne". Elle a travaillé au sein de l'association POLART & collabore à plusieurs magazines |