Kozyra
Katarzyna. Le réel à l'ouvrage...![]() Figure
importante de la scène artistique polonaise des années 90,
Katarzyna Kozyra revisite, dans ses différentes performances et
installations, l’existence humaine et ses réalités. Le travail de
l’artiste offre plusieurs démarches dont on peut distinguer trois
périodes « ouvertes » : les installations (de
sculptures)
tels que Piramida Zwierząt (pyramide des animaux) (1993), la
photographie tels que Olimpia (Olympia), Więrzy krwi (les liens du
sang), et la vidéo comme Łaźnia Damska (les bains de femmes) et Łażnia
Męska (les bains des hommes) (1997). Utilisant de manière consciente
les moyens artistiques et techniques les plus modernes, Kozyra ne cède
jamais à la fascination de la technologie car lucide, elle voit dans la
caméra numérique, l’ordinateur, ou l’appareil photo des moyens de
communication subjectifs où la vérité artistique est spoliée au profit
du « spectaculaire », a contrario des conceptions
premières
de la « forme ouverte » formulée dans les années 70 par le
plasticien finlandais Oskar Hansen et dispensées plus tard par son
disciple Grzegorz Kowalski. Dans
son oeuvre, l’artiste aborde deux notions essentielles liées à
l’existence humaine et ses réalités que sont : l’identité et le temps.
Kozyra présente la réalité de l’individu, de l’être et de son corps en
offrant, à chaque spectateur, une introspection extérieure de son
enveloppe corporelle. Pour elle, la nécessité d’une prise de
conscience, l’acceptation de l’évolution (voire de la désagrégation) de
son propre corps, ne peut passer que par la violence, ce que montre ses
images chargées d’une brutalité nue. A cet effet, elle plonge dans le
domaine difficile des tabous culturels liés au corps afin de remettre
en cause les « non-dits » et les
« non-vus » d’une
société en mal de « spectacle ». L’image d’un corps
transgressé devient la métaphore simple de la corruption d’un corps
social revendiquant sa propre désagrégation. Bien que tenant
d’une
simple recherche esthétique et artistique, la transgression de ces
codes n’a pas permis à Kozyra d’échapper à de longues et douloureuses
controverses, et à l’indignation exclusive de l’opinion publique. Quand
la réalité sociale se résume à la vision d’une pièce de boucherie
étalée en plein jour, Piramida Zwierząt (1993), quand un idéal
publicitaire de la femme se consomme au point de ne laisser place qu’à
de tragiques corps infirmes dénués de tout charme, et que le tabou
extrême du brouillage de sa propre identité sexuelle est franchit,
Łaźnia Męska (1997), c’est l’inadéquation de notre temps face au
phénomène de sa propre mort que dévoile Kozyra en détruisant jusqu’à
l’idée même d’un retour possible. Assez justement indignés pour être
attirés, les spectateurs se retrouvent ainsi obligés, devant les
sinistres miroirs que place Kozyra dans les galeries, d’avouer leur
éternelle défaite. ---- Olivier
Vargin est doctorant à l'université de Provence. Spécialiste de l'art
contemporain en Pologne, il collabore régulièrement à plusieurs projets
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