Krzysztof Wodiczko et la xénologie

Domicilié à New York, professeur d'art et de design au Massachusetts Institute of Technology à Cambridge, Krzysztof Wodiczko a reçu en 1999 le Horishima art prize. Wodiczko a reçu ce prix pour honorer sa longue activité artistique grâce à laquelle il essaye de donner une voix à tous cux qui sont condamnés au silence dans nos systèmes politiques: SDF, homosexuels, immigrés, femmes, vistimes de la violence ou de l'exploitation. Par ses projections sur les bâtiments ou sur les statues, Wodiczko introduit dans l'espace municipal les voix des marginaux, des réprimés ou ignorés. Il a réalisé ces projets entre autres à Cracovie (1996) où la tour de l'hôtel de ville s'est mise à parler avec la voix des victimes de violence et d'intolérance subies dans la sphère familiale, à Hiroshima (1999), A-Bomb Dome, la projection a témoigné de ce qu'ont subit les victimes de l'explosion nucléaire et leurs enfants, à Boston (1998), le grand obélisque Bunker Hill a pris les voix des mères des fils tués dans les règlements de comptes entre gangsters, à Tijuan au Mexique (2002), une grande sphère de la salle du cinéma du centre culturel est devenue, grâce à une projection gigantesque, la voix des ouvrières du maquilador racontant ses tristes histoires de violence.

Wodiczko souligne que ceux que personne ne veut entendre ont le plus à dire parce qu'ils ont survcu à ce que les autres n'ont pas connu. il ne s'agit pas seulement du traumatisme, mais surtout des expériences d'aliénation en résultant.

Chez Krzysztof Wodiczko, le sujet de l'aliénation prend la figure symbolique de la personne émigrante. Cela implique les expériences personnelles de l'artiste qui a émigré de la Pologne vers le Canada et, ensuite, vers les Etats-Unis. L'immigré quitte sa patrie, ses proches, son lieu parce que, pour certaines raisons, il s'y sent étranger. Il quitte son endroit et choisit la vie errante; il franchit les frontières des pays, des cultures, de la conscience et arrive dans un lieu où il veut rester. Exclu d'une communauté, il ne peut jamais pleinement s'identifier à une autre. Il y vit en demeurant toujours plus ou moins étranger. Ceci lui permet de la percevoir autrement et d'y voir plus. Il peut connaître la vérité sur la communauté dans laquelle il se trouve -mais pratiquement jamais il n'a l'occasion de la dire parce que personne ne veut entendre ce qu'il a à dire. Pour les autochtones, il est un muet dépourvu d'histoire. Pour Krzysztof Wodiczko, c'est une situation de prophète. Il remarque que Moïse même muet a reçu sa canne, a pu faire des signes et des miracles. Donc, il possédait des outils grâce auxquels il a pu prendre la parole. Pareillement, Wodiczko veut doter les étrangers des outils contemporains qui leur permettront de faire un signe, d'attirer l'attention sur eux, de raconter leur propre histoire, de livrer un témoignage, dire sa vérité. L'artiste appelle ses recherches la xénologie - ce que l'on peut traduire par science pour les étrangers. Il a fait de projets quelques outils: La canne de l'étranger (Alien Staff) depuis 1992, Le porte-parole (Mouthpiece) depuis 1993, Egide (Aegis) depuis 1998 et la Dés-arme (Dis-armor) depuis 1999. Ces outils permettent à l'immigré, étranger et prophète, d'accomplir des miracles. Ce miracle consiste à prendre contact avec les autochtones, avec ceux qui ne veulent pas l'entendre, qui ont peur de lui, qui le détestent, qui l'accusent du taux de chômage élevé, de la délinquance croissante et de tous les péchés que nous attribuons aux étrangers.

----

 Jarosław Lubiak travaille au Muzeum Sztuki de Łódź. Critique d'art, il est membre de l'association POLART 

page d'accueil
homme